Histoire du village

l'école d'Echalas en 1963-1964

Son territoire comprenait Saint Romain en Gier jusqu’en 1802, et la zône de Saint-Lazare rattachée à Givors en 1965.
Echalas est une des communes les plus étendues du Rhône avec ses 2095 ha où vivent un peu plus de 1500 habitants. La moitié d’entre eux habite au Bourg, l’autre moitié dans les hameaux.
On imagine que l’origine du nom de notre commune fait référence aux pieux qui soutiennent les ceps de vigne, mais l’appellation pourrait aussi provenir d’une déformation du mot « échelle » ou scala en latin, du fait de la situation escarpée du village car pour y accéder, il fallait monter, monter… ! et si maintenant c’est chose facile, ce n’était pas le cas autrefois et il fallait gravir péniblement des côtes ardues. Autant monter dans ces chemins jadis rocailleux et mal entretenus, par de véritables escaliers, d’où le nom d’Eschallas et ensuite Echalas.

 

L’époque Gallo-Romaine

Nos ancêtres les gaulois étaient présents à Echalas depuis 600 avant J-C . La tribu qui vivait ici s’appelait vraisemblablement « les Ségusiaves » et avait pour ville principale Feurs dans le département de la Loire. (Les Allobroges étaient à Vienne)
Les Romains ont occupé la Gaule et notre région en particulier pendant près de 5 siècles, ils vont fonder Lyon en 43 avant J-C et leur apport pour Echalas sera multiple.
Ils édifient des tuileries aux Tuillières et à Montmain. Les voies de communication se renforcent. La voie Romaine qui nous concerne le plus est la route du Forez, qui va de Vienne à Feurs en passant par la Croix Régis (les Tuillières) , le Pilon, Trêves, Rive de Gier, Riverie, St Martin en Haut et enfin Feurs. Une variante de cette route rallie le Colombet depuis le Pilon, le Jannoray, et Echalas par le chemin des Echaux, Dargoire, St jean de Touslas, Riverie.
Par ces voies s’en iront poteries et tuiles fabriqués à Echalas ainsi que tous les objets allant de Condrieu et Vienne vers Feurs. Le vignoble également se renforce peu à peu et s’étend bientôt du Rhône au Gier.

 

Histoire des hameaux

Le hameau prendra souvent le nom de son occupant ou le contraire, parfois la profession. Voici quelques exemples :

-à la Brâche et aux Brâchets, on élevait et gardait une espèce de chien appelé braque, qui servait pour la chasse aux loups et aux sangliers.

-Le Jannoray, se trouvait sur la voie romaine qui venait de Dargoire, en passant par les Echaux pour aller au Pilon, Condrieu et Vienne.

-Le Jannoray fut, en Avril 1382, l’avant poste des gendarmes du Roy venus mater les gens de Condrieu un peu turbulents, qui viennent chasser et braconner sur le plateau. Mais en fait ceux de Condrieu connaissent mieux le terrain que les gendarmes et finalement ce sont eux qui filent une raclée aux gendarmes ! Ces gens dou Ray (gens du roi) donnèrent naissance au Jan-no-ray.

-Le Lac : y avait-il un lac ? à cet endroit, on ne le sait pas, mais en revanche l’endroit était un lieu de tenue d’assises de la seigneurie de Givors (un procès verbal du 9 juin 1614 l’atteste). C’était la limite des deux seigneuries de Givors et d’Echalas. Le Lac veut peut être dire « le lacet de route » ou… « le relais ».

-Bérieux est l’endroit où l’on mène boire les chèvres.

-Le Montelier pourrait tirer son nom d’une terre achetée le 27 Juillet 1763 à Claude Montelier, notaire et conseiller du roi, par Jean François Barthélemy de Riverie, le seigneur d’Echalas.

 

Les premiers chrétiens

Vers l’an 500 les premiers moines arrivent (pour évangéliser) dans la région. Entre 816 et 900, ils crées sur Echalas une modeste église de bois dédiée à St Martin à l’emplacement actuel de l’église.
Au retour d’une croisade, un seigneur d’Echalas (on ne sait pas lequel) fit construire au début du XIIIe siècle une chapelle de style gothique en pierre pour 150 personnes. La construction s’est achevée en 1221. Elle comprenait le chœur et une travée (le transept actuel), sans les chapelles latérales.

Vers l’an 1500, pour protéger les chalarons des incursions des brigands, la famille Michon (des Bourgeois lyonnais qui avaient une maison à Echalas) fit édifier le clocher massif de style roman, de forme carrée et la chapelle votive, située au-dessous du clocher. Elle fut dédiée à la Vierge Marie en 1643 à l’occasion de la peste, sous le nom de N-D de Pitié.

Entre 1562 et 1598, il n’y a pas moins en France de 8 guerres de religion entre catholiques et protestants.

En 1585 une disette affreuse fait rage, la moisson n’a pas donné de grains, mais les gens ont l’habitude et c’est chose ordinaire de vivre de glands, manger des racines et des herbes sauvages et faire du pain de fougères.

En 1659, Bertrand Girard de Riverie (seigneur d’Echalas) fit reconstruire, restaurer et agrandir l’église et plaça suivant l’usage son blason à la clé de voûte et au contrefort sud-est.

L’an 1824 verra la fondation du Presbytère d’Echalas.

Enfin, en 1994, la restauration de l’église a modifié son aspect par le renouvellement de la toiture et la reconstruction d’un grand auvent côté ouest et la mise en place d’un petit auvent au-dessus de la porte latérale au sud.

 

La vie rurale

En 1748 on dénombre 134 familles propriétaires. La vie est rude. La commune à cette époque est essentiellement agricole. Les bois de chênes et de châtaigniers recouvrent une grande partie de la paroisse. Quant aux terrains cultivés, ils sont ensemencés de blé, de seigle et d’avoine. Les taillis et les bruyères permettent de nourrir les chèvres tandis que les prés plus riches sont destinés aux bovins (pâturage et foins).
Certaines familles sont aisées, elles cultivent en moyenne près de 20 hectares et possèdent chevaux, bœufs, chèvres.
Les autres familles exploitent des petites surfaces, ne possèdent souvent qu’une vache, une chèvre et un jardin près de la maison, ainsi qu’une houe et parfois une charrue entièrement en bois taillée dans une branche.
Différents impôts sont prélevés par la seigneurie qui leur assure protection.
Des taxes sont exigées en échange des banalités (four, pressoir, moulin…). La dîme est prélevée par le clergé sur les cultures. (la dîme était le 1/25e du vin)

Sur ces terres, les rendements sont faibles. Dans les jardins, on cultive choux, poireaux, navets. La viande est très rare (2 ou 3 poules). À cause de la taxe du sel ou gabelle, on ne peut pas conserver la viande de porc qui se mange… frais ! Les vaches sont utilisées pour travailler, on ne les mange donc pas. On consomme des fruits sauvages (mûres, fraises des bois, noisettes, mais surtout des châtaignes) et les pommes, poires et raisins du jardin.

La vigne est une culture importante qui pousse bien dans nos coteaux caillouteux. Avec les châtaigniers, on fabrique des échalas qui servent de support aux ceps.
Les vignerons doivent cependant miner (labourer profond) avant de planter, travail extrêmement pénible. Les pierres déterrées lors de ce labour sont récupérées pour construire des murs en pierres sèches. Ces murettes soutiennent la terre dans les coteaux ou délimitent les parcelles et protègent ainsi les jardins du vent.
Les lauzes sont utilisées aussi pour la construction des loges dans lesquelles les bergers peuvent s’abriter.

 

La vie au quotidien

Benoît Guinand, maréchal-ferrant en 1625, ferre les bœufs et les chevaux. Le maréchal soigne les animaux, s’occupe de leurs dents et pratique les saignées : c’est l’ancêtre du vétérinaire.
D’autres sont tisserands comme Fleury Coing en 1627,
Fleury de Mussieu, en 1750 et Philippe Céleri, en 1785 sont tailleurs d’habits.
Martin Cellerit est drapier en 1703.
Benoît Coint est cabaretier à Saint-Lazare, près de la chapelle.
Les échoppes de cordonniers sont nombreuses.  Étienne Chol en 1792 est maçon-charpentier au Coin.
Pour les accouchements, on appelait les sages-femmes : Jeanne-Marie Balley en 1784 ou Marie Bonnard en 1792.
Les contrats de mariages, quittances et testaments s’effectuaient chez maître Terrasson, notaire à La Groirie. La vie se déroulait ainsi, autour du clocher.
Quelques bourgeois de Lyon résident sur la commune tels que maître Bertrand Païs (dernier gruyer à la Groirie).

 

Calamités agricoles

Après les graves inondations de 1706, le terrible hiver de 1709, les gelées du 15 mai 1758, la sécheresse de 1762 (peu de foin, mais le vin fut très bon), le grand hiver 1789 resta dans les mémoires. Il fut des plus rigoureux, il commença à geler le 15 novembre. La moitié des châtaigniers, éclatés par le gel, périrent. Les vignes furent grandement endommagées. Si les blés n’avaient pas été recouverts de neige, ils auraient été en grand danger. Un vent de bise des plus froids soufflait et il gelait partout, même dans les caves. Les rivières étaient toutes gelées et, à Condrieu, on traversait le Rhône en charrette. Tous les moulins furent arrêtés et la farine manqua. Quand le dégel arriva, les glaces emportèrent des ponts, des bateaux, des moulins. Cette année resta mémorable par son hiver et par le prix excessif des aliments. Le froment valut toute l’année 9 livres, le seigle 7 livres.

 

Le XIXe siècle et les lents progrès de l’agriculture

En 1808, 730 habitants sont recensés.
Vers 1850, la vie commence à changer. Grâce au chemin de fer (la Jument noire), on peut se faire livrer de la chaux pour enrichir les sols. Une chaîne alimentaire bénéfique pour tout le monde va s’ensuivre : plus de céréales, le bétail est mieux nourri, le cheptel s’agrandit, donc plus de fumier. Les récoltes de fruits et de légumes sont plus importantes. On sème des prairies artificielles (luzerne et trèfle). Des vaches de races sélectionnées donnent plus de lait. La composition des repas devient plus variée. Le pain devient de plus en plus blanc (puisque l’on a du froment, on met moins de seigle). Grâce aux pommes de terre, la famine disparaît. Désormais les fruits d’Echalas se retrouvent sur les étals de Villefranche-sur-Saône et même jusqu’à Paris.

Les outils s’améliorent. À présent, on laboure avec la charrue brabant, beaucoup plus performante. En 1848, Benoît Vachon, forgeron, et son collègue Jean-Pierre Bony, mécanicien-serrurier, ont de plus en plus de travail avec tout ce matériel à réparer !
Jean-Marie Fayet, compagnon charron, arrive de Lorette et s’installe au Gonty pour fabriquer charrettes, tombereaux et brouettes… On est en 1895.
En complément de la terre, les hommes occupent souvent un emploi à la verrerie de Givors ou Rive-de-Gier, travaillent aux Étains ou au chemin de fer. Les jeunes filles prennent le train vers Lyon, pour aller travailler dans les ateliers de soierie, ou vers Paris pour se mettre au service des bourgeois. Les enfants, placés dans les fermes, sont bergers. Ils touchent une petite rémunération et sont habillés par le patron (galoches, gilet…).

Deux activités ont complètement disparu aujourd’hui. La culture du chanvre qui était pratiquée chez Channe, à Clay : la boutasse où il était mis à tremper s’appellait le chanavis et certains champs, les chenareilles. Le filage et le cardage de la laine : les femmes partaient aux champs avec leur quenouille, elles tissaient la laine et tricotaient des couvertures et des vêtements, elles fabriquaient aussi des matelas et de belles couvertures piquées.

 

Inventaire d’une ferme le 1er novembre 1858

2 bœufs et 2 vaches, 5 chèvres, 1 brebis, 1 coq, 20 poules, 1 âne, 1 charrette, 2 paires de roues, 1 tombereau, 1 herse, 1 charrue, 4 pioches, 6 bigots, 2 triandines, 3 bêches, 2 fourches en fer, 2 piques. Le tout garni de manches. 3 haches, 2 ciseaux, 4 serpettes, 1 meule à aiguiser, 3 faux, 1 cuvier, 1 beurrier, 19 bareilles de 2 hectolitres, 4 cenpottes, 20 hectolitres de pomme de terre, 1 500 kg de froment.

 

Mécanisation, associations et entraide

La fin du XIXe et le début du XXe siècle sont marqués par le progrès.

À Echalas, les habitants se modernisent et s’organisent en une association créée pour acheter du matériel agricole en commun..

Les premiers tracteurs font leur apparition. Celui d’Edmond Mouton du Brachet avait des roues en fer. C’était un tracteur réformé de la guerre de 14 qu’il a eu bien avant 1939. MM. Peillon du Pré et Vidal du Coin achètent un John Deer en commun, qui fonctionne au pétrole. Ils font des journées chez les autres agriculteurs pour labourer ou pour tirer la moissonneuse-lieuse. Ensuite, M. Giroud achètera un tracteur d’occasion. Jean Vaganay et Antoine Celery feront l’acquisition d’un tracteur à essence, beaucoup plus tranquille que les précédents.

En 1931, l’électricité est installée, ce qui va permettre d’alimenter des pompes et ainsi d’avoir l’eau sur l’évier. À la Rodière, pour allumer les lampadaires, « c’est celui qui passait devant l’école à la tombée de la nuit qui devait appuyer sur le bouton, et le lendemain idem pour l’éteindre  … une lampe par pièce !).

L’eau sera installée beaucoup plus tard, à partir des années 1960.

L’entretien des chemins non goudronnés fut à la charge des habitants jusqu’en 1940. Chaque famille fournissait quelques journées de travail.

 

La fromagerie Bourdin

Dans les années 30 Jean Bourdin collectait des fromages dans les fermes d’Echalas et allait les vendre en charrette à Saint-Étienne. À partir du 1er mai 1933, il décide de les fabriquer dans sa fromagerie, et pour cela il organise des tournées de ramassage de lait. En 1940, son fils Étienne prend les rênes de la petite entreprise qui ne cessera de prospérer. L’usine prendra une part importante dans la vie du village. Beaucoup de jeunes d’Echalas et des communes environnantes travaillent aux rigottes.
En 1963, l’entreprise obtient la médaille d’or pour les rigottes d’Echalas au Concours général agricole de Paris, ce qui augmente sa renommée.